La leçon de Bryan Cranston

En 1995, Bryan Cranston n’était certes pas encore la star hollywoodienne qu’il est aujourd’hui, mais il savait déjà ce qu’il faisait. Même si l’acteur n’avait pas encore décroché le rôle du père de Malcolm dans la série éponyme ou celui de Walter White dans Breaking Bad, avait déjà à son actif bien des années d’expérience dans le domaine des séries comiques américaines. Et il était assurément assez loin de ses débuts pour ne pas être conseillé par des inconnus ou spectateurs.

 

Un an plus tôt, Cranston avait été choisi pour interpréter le rôle semi-récurrent d’un dentiste dans la série emblématique américaine Seinfeld, rôle auquel il fera référence plus tard comme « son entrainement à la comédie ». Ce rôle lui a permis de côtoyer les génies comiques et créateurs de l’un des feuilletons américains les plus célèbres des années 90. Cependant, l’un des meilleurs conseils comiques qu’il ait reçus venait d’une source inattendue.

 

Le tournage était terminé pour la journée, et Bryan Cranston se familiarisait avec les instruments médicaux qu’il devrait utiliser dans sa prochaine scène. Alors qu’il manipulait la chaise et les outils, il entendit une voix lui disant savoir comment rendre la scène plus drôle. Cranston leva la tête pour découvrir que la personne en charge de l’éclairage du plateau allait lui donner un conseil quant à son jeu d’acteur. Sceptique, Cranston dit à l’éclairagiste de partager son idée. Le résultat ? Une des scènes les plus iconiques de la série Seinfeld.

 

 

Sans ce conseil de l’éclairagiste, Cranston n’aurait jamais respiré le gaz anesthésiant avant de placer le masque sur Jerry Seinfeld, rôle principal de la série. La scène aurait été moins drôle, moins mémorable et son personnage de dentiste excentrique aurait semblé tout simplement normal. Cette scène a dû être filmée à de nombreuses reprises, tant Jerry Seinfield ne pouvait se contenir de rire. A la fin du tournage, Cranston annonça à toute l’équipe que l’idée venait de l’un de leurs membres, qui, à cet instant précis, s’avérait être adossé à l’encadrure de la porte comme s’il avait un millier d’idées géniales par jour.

 

Les entreprises n’ont pas d’idées. Seuls les individus en ont.

Bien sûr, il est peu probable que vous soyez désespérément à la recherche de conseils sur votre jeu d’acteur ou répliques comiques, mais cela ne veut pas dire que vous ne pouvez pas tirer de leçon de l’expérience de Bryan Cranston sur le plateau de tournage de Seinfeld. D’excellents conseils peuvent venir de sources insoupçonnées, et nombre de ceux qui comprennent le mieux votre entreprise, vos clients et vos processus sont ceux qui travaillent en bas de l’échelle.

 

La solution ? Créer un environnement dans lequel les employés sont incités à partager leurs bonnes idées et leur donner les moyens de le faire. L’éclairagiste n’aurait sans doute pas partagé son idée à moins d’être seul à seul avec Cranston. Pensez au nombre de fois où vos collègues et employés se sont mordu la langue parce qu’ils ne savaient pas comment leur idée serait reçue.

Dans son TED Talk, Margaret Heffernan partageait sa profonde conviction que les organisations fonctionnent souvent d’elles-mêmes selon un mauvais modèle. Au lieu de se concentrer sur la culture et la cohésion sociale, l’approche traditionnelle des organisations se concentre sur des talents isolés et met les employés en compétition. Cette méthode créée un environnement négatif dans lequel le savoir, l’expérience et les idées ne peuvent pas être partagés efficacement.

 

Depuis l’adoption d’une approche où les connaissances et les idées sont partagées et où les employés n’ont pas peur de demander de l’aide, SAP, entreprise conceptrice de progiciels, déclare qu’ils sont capables de répondre à toute question interne dans les 17 minutes suivantes. Créer une culture d’entreprise où les employés sont en confiance pour demander de l’aide, poser des questions et partager leurs propres idées prend du temps. La première étape ? Leur faire savoir qu’ils peuvent le faire et leur donner les moyens et l’opportunité de le faire.

 

 

L’histoire des produits et services révolutionnaires est jalonnée d’idées provenant de sources inattendues. Même les plus grands dirigeants et managers reconnaissent ne pas connaître ou saisir tous les aspects de leur business. Le problème que cela engendre : les décisionnaires ne sont pas toujours ceux qui comprennent le mieux le problème.

 

Votre entreprise dispose-t-elle d’un système qui permet aux cols bleus de partager leurs idées et de dialoguer avec leur management ? Si ce n’est pas le cas, vous passez sûrement à côté d’excellentes idées, de réels problèmes sont ignorés, et des solutions évidentes restent inexplorées. Comme Heffernan le souligne, et comme Bryan Cranston peut en attester, « les entreprises n’ont pas d’idées, seuls les individus en ont ».